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Le château de Lanniron

 

par Jacques Charpy in  » Mémoires de la Société d’Histoire et d’Archéologie de Bretagne  » Tome XLVII – 1967

 

Jusqu’à la Révolution, le domaine de Lanniron appartint aux évêques de Cornouaille. Ils le possédaient selon toute vraisemblance depuis le temps des immigrations bretonnes.

Aux XIIe, XIIIe et XIVe siècles, les évêques se plaisaient à séjourner en leur maison des champs autour de laquelle s’était constitué un bourg avec église paroissiale, cimetière, chemins, rues, maisons et moulins. Ce bourg relevait du fief des Réguaires. De nombreux parchemins attestent pour cette époque l’existence d’une paroisse, dite paroisse de la rue aux Moulins près Quimper Corentin.

L’évêque Guillaume (1193-1218) y passa les derniers mois de sa vie, et sans doute y mourut. (Le cartulaire de l’église de Quimper publié par le chanoine Peyron mentionne un acte de 1218 passé « apud Lanhydron » ). Lanniron n’était pas seulement une résidence d’été. Alain Rivelen dit Morel (1290-1320) s’y trouvait encore le 25 novembre 1300, vaquant aux soins ordinaires de l’administration diocésaine.

Bertrand de Rosmadec

Saint Corentin et Bertrand de Rosmadec à genoux, sur un vitrail de la Cathédrale de Quimper

Les acquisitions faites par l’évêque Gatien de Monceaux (1408-1416) et son successeur Bertrand de Rosmadec (1416-1444) permirent à ce dernier, dont le nom reste attaché à presque tous les monuments de Quimper, de rebâtir le manoir dans la première moitié du XVe siècle. C’était alors un bâtiment carré, flanqué au sud de deux échauguettes et au nord de deux tourelles d’angle.

En bons pères de famille, les seigneurs évêques, leurs successeurs, pratiquèrent une active politique d’achat des terres d’alentour et agrandirent l’enclos de leur domaine aux dépens du bourg qui périclita. La paroisse de Lanniron dont on conserve les registres de baptêmes depuis 1537 dut au XVIe siècle être desservie en la cathédrale Saint Corentin.

 Après les guerres de la Ligue, les évêques de Cornouaille, Charles du Liscouët et Guillaume Le Prestre de Lezonnet, ne pouvant s’installer en ville dans leur palais épiscopal ruiné, firent du  » palais rural  » de Lanniron leur demeure ordinaire et durant tout le XVIIe siècle l’église de Locmaria servit de paroisse à Lanniron. Au XVIIIe siècle, Lanniron fut rattaché à la paroisse du Saint-Esprit ou de la rue Neuve qui s’étendait alors non seulement sur les fermes et manoirs des environs immédiats (Poulguinan, Créach-Guen, Prat-maria) mais aussi sur des territoires plus éloignés (Penar-Stang, Kergoatalez, Kervir et même Le Cleuziou à la sortie de Quimper vers Rosporden).

René du Louet

René du louët, sur un vitrail de la Cathédrale de Quimper

Monseigneur du Louet (1640-1668) acheta de petits jardins enclavés dans Lanniron; son successeur monseigneur de Coëtlogon acquit en 1672 et 1686 le village de Kerbaby ; et, conformément aux édits et déclarations du roi qui permettaient aux ecclésiastiques de rentrer dans les biens aliénés de leur église et en vertu d’une sentence des Réguaires de Quimper du 16 mars 1678, il reprit la propriété de plusieurs terres; il démolit de nombreuses maisons pour faire des champs et des fossés. Il consacra plus de 30.000 frs à l’acquisition de terrains et à l’embellissement de Lanniron. Bien que par acte du 14 avril 1698 il fit don de ces accroissements à ses successeurs les évêques, ceux-ci devront soutenir en justice leurs droits contre les héritiers des prélats et notamment contre cet insupportable marquis de Ploeuc, neveu de monseigneur de Ploeuc, seigneur de Guilguiffin, marquis de Pont-Croix, dont j’ai évoqué ailleurs les démêlés comme commissaire inspecteur des haras de Bretagne.

François de Coëtlogon

François de Coëtlogon

En 1668 François de Coëtlogon prend possession du siège épiscopal de Cornouaille. Fils d’un conseiller au Parlement de Bretagne, il appartenait à une famille originaire du diocèse de Saint-Brieuc. C’était un habile orateur, et aussi, comme son saint patron François de Sales, un pacifique qui aimait les fleurs. Il fut l’auteur des fameux jardins de Lanniron.

Le premier, en effet, il songea à se procurer un jardin tracé suivant les meilleures règles du temps, un vaste jardin oú tout fut prévu pour la commodité, la méditation solitaire, le plaisir des yeux. Recourut-il au jardinier du Roi, à l’illustre Le Nôtre? La tradition le prétend, dont fait écho en l’an V Cambry, administrateur du département, dans son  » catalogue des objets échappés au vandalisme « :

 » Les desseins de Lanniron, campagne des anciens évêques, étaient du fameux Le Nôtre; ses formes sont grandes et belles, une vaste balustrade forme un fer à cheval avancé sur un grand bassin de l’Odet. A quelqu’angle que vous vous portiez, vous avez un nouveau coup d’œil. « 

Nous ne trouvons malheureusement nulle trace de cette tradition (dont fait pourtant état Aymar de Blois) dans les documents d’archives, pas plus que dans une curieuse plaquette de vers offerte vers 1680 à l’évêque par un médecin poète, Nicolas de Bonnecamp, originaire de Vitré et attaché à la famille de Coëtlogon. « Les jardins de Lanniron décrits en vers français » ne comptent pas moins de 432 vers. Henri Waquet a dit de ce travail:  » C’est une énumération. Cela est décrit comme par un notaire qui dressant un inventaire mettrait des rimes à toutes les douze syllabes de sa prose et, de-ci de-là, s’interromprait pour étourdir un client illustre du tapage de ses compliments emphatiques « .

 » Que Lanniron me plait ! et que ses avenues

Pour leur rare beauté, méritent d’être vues:

C’est l’ouvrage achevé d’un illustre prélat

De qui ce lieu charmant emprunte son éclat:

Tout y brille par lui, puisque par sa présence,

Qui sert à ses jardins d’une double influence,

On voit naitre les fleurs, on voit murir les fruits,

Sa pourpre peint la rose, et sa candeur les lys. « 

La description de M. de Bonnecamp est lente; elle pèche par une banalité lamentable, mais se rachète par son exactitude. Ainsi:

 » Voyons avec plaisir la troisième terrasse.

Aux légumes ici les fleurs cèdent la place.

L’asperge et l’artichaut, le piquant celeri,

Les radis, le chou-fleur, l’épicé salsifis,

La royale laitue et la trop tendre alphange,

Par un hardi mépris aux fleurs donnent le change.

Leur grosseur, leur tendresse et le goût qu’elles ont,

Font connaitre aux friands la bonté de leur fond.

Ainsi dans ces jardins l’utile à l’agréable ,

Se joint, pour plaire aux yeux et servir à la table.

A l’utile et à l’agréable se joint aussi la grandeur car la mer est toute voisine, l’Odet au cours élargi et qui subit les effets de la marée:

 » Approchons de ce mur qui défend à la mer

Aux douceurs de ces lieux de mêler son amer;

Quel plaisir de la voir dans ses hautes marées

Rouler à gros bouillons ses ondes azurées,

Courir après soi-même et, ses flots étant las,

Avec la même ardeur retourner sur ses pas! « 

 » C’est là que ce prélat solitaire médite

A corriger le vice et payer le mérite « .

Et M. de Bonnecamp de conclure:

 » On s’écrira miracle! en voyant Lanniron. Pourquoi? C’est l’opéra d’un sage Coëtlogon « .

 » C’est ainsi qu’en Cornouaille, ajoute monsieur Waquet, sur le déclin du grand siècle, un ingénieux médecin poète occupait ses loisirs, entre un clystère et une saignée, à exalter, dans la langue des dieux, les talents, les tulipes et les melons d’un doux prélat, de belle race, amateur de jardins « .

Monseigneur de Coëtlogon avait également envisagé d’édifier une chapelle près du manoir, et en 1672 il fit établir par le P. Jésuite Turmel, adjoint de Martellange, un projet de chapelle. C’était un édifice à la mode du temps, à coupole centrale, avec abside et bras du transept en hémicycles, chaque bras ayant 10 mètres de long. La longueur du chœur et de la nef ne dépassait pas 25 mètres, la hauteur sous voûte 15 mètres. Une sacristie et une loge épiscopale complétaient ce projet dont les heureuses proportions composaient un charmant édifice, rappelant en petit ce qui fut réalisé pour la chapelle du collège des Jésuites de Quimper.

Bourde de la Rogerie et à sa suite Moisy, qui ont étudié ce plan conservé dans le recueil des plans jésuites de la bibliothèque municipale de Quimper (omis par Vallery-Radot), prétendaient que cette chapelle fut détruite sous la Révolution. Cela est une erreur. Elle ne fut jamais construite.

Les descriptions très précises que nous avons de Lanniron pour le XVIIIe siècle ne laissent aucun doute à cet égard. Ces descriptions sont notamment contenues dans les inventaires dressés au décès de monseigneur François Hyacinthe de Ploeuc (1707-1739) et de monseigneur Auguste de Farcy de Cuillé (1739-1771).

gravure lannironLa salle synodale de l’ancien évêché conservait, avant l’incendie de 1939, une série de portraits d’évêques, peints vers 1750 par l’artiste vannetais l’Hermitais (auteur des toiles des trois retables de Spézet et de deux tableaux de Saint-Martin de Lamballe). Le portrait de François de Coëtlogon comportait en fond de tableau une peinture détaillée des jardins et du manoir de Lanniron; une gravure très inexacte en a été reproduite par Louis Le Guennec dans le bulletin de la Société Archéologique du Finistère de 1921. Monsieur de Massol en possède heureusement une reproduction photographique, de même que la copie d’un dessin du château à la fin du XVIII’ siècle.

Au début du XVIII’ siècle, le manoir de Lanniron comprenait un corps central de bâtiment (du XVe siècle) flanqué au nord de deux tours et au sud de deux échauguettes. Au rez-de-chaussée donnant sur la grande cour nord se trouvaient un petit vestibule et une chambre à droite en entrant, et en arrière une grande salle à manger; au-dessus un vestibule et une chambre et une grande chambre éclairée à l’est; des latrines étaient installées au rez-de-chaussée et à l’étage. D’importants greniers surmontaient le bâtiment. Un deuxième corps de bâtiment accolé au sud était sans doute un peu plus récent que le bâtiment précédent: à l’étage du rez-de-chaussée la chambre de l’évêque éclairée au midi par deux fenêtres séparées par une porte donnant sur un double escalier accédant au jardin; au sud-ouest le cabinet de travail de l’évêque; au nord-ouest la chambre des domestiques; à l’est la chapelle; à l’étage au-dessus de la chambre de l’évêque, trois marches plus bas que la grande chambre du premier corps de bâtiment, un petit corridor donnant sur une grande chambre à deux fenêtres et à l’est sur un cabinet. Au sommet du logis la mansarde était aménagée en chambre du secrétariat.

Les deux tourelles du nord étaient occupées à l’est par le grand escalier, à l’ouest par un cabinet. De chaque côté de la tourelle de l’escalier à la hauteur du grenier, une galerie saillante à mâchicoulis rejoignait les tourelles nord-ouest et sud-est.

Au sous-sol, de plain pied avec le jardin (comme encore aujourd’hui), se trouvaient l’office, la grande cuisine, la cave à charbon et donnant sur les terrasses du midi une pièce appelée salon servant à l’occasion de petite orangerie. Le jardinier logeait sous le cabinet de travail de l’évêque.

A la mort de monseigneur de Cuillé, l’inventaire de 1773 apporte quelques renseignements complémentaires et décrit de nouveaux bâtiments. Dans la chapelle, l’autel est décoré sur le devant de  » broderies en relief de terre » ; son retable est  » couvert de coquillages ». Le mauvais état de l’ensemble nécessite sa réfection et on envisage de le remplacer par un autel en bois décoré de pilastres. Dans la salle à manger, on demande la restauration des peintures à la fresque qui ornent les murs et représentent paysages et pilastres. Dans le prolongement occidental du manoir, monseigneur de Cuillé a construit entre 1760 et 1770 un corps de bâtiment dit  » la maison neuve « . Au sous-sol (de plain-pied avec la cour) un corridor (au nord) donne sur un office et deux caves (au midi). L’escalier de treize marches et deux paliers permet d’accéder au rez-de-chaussée qui, prolongeant la chambre de l’évêque, comprend une salle de compagnie et une chambre.

Le secrétariat est installé à cette époque dans une petite maison au nord-ouest de la cour nord avec étage et grenier à lucarne. La magnifique orangerie que l’on voit encore aujourd’hui remplaça sous l’épiscopat de monseigneur de Cuillé la petite bâtisse qui en tenait lieu du temps de monseigneur de Plœuc. On demande que les trente-cinq poutres construites en mauvaise qualité de pin soient refaites en chêne. Enfin le bâtiment compris entre le secrétariat et l’écurie (à l’ouest du château) abrite une glacière déjà existante sous l’épiscopat précédent, composée de madriers et oú un treillis de branchages garnis de foin et paille d’un mètre d’épaisseur assure la conservation de la glace.

Le bassin de Neptune

Le bassin de Neptune

Les plus belles parties du domaine de Lanniron sont sans contredit les jardins dont on nous décrit avec plaisir les terrasses et les bassins: sur la deuxième terrasse, deux bassins de 2,60 m. de diamètre, sur la troisième terrasse, deux bassins elliptiques de 2,25 m. à 3,25 m. d’axe, dans le fer à cheval un grand bassin, dans le jardin de l’orangerie encore un bassin à double miroir recevant l’eau par quatre grenouilles ou crapauds sous une petite pyramide en tuffeau; enfin à l’ouest du jardin la pièce d’eau appelée le Neptune au milieu de laquelle se trouve  » une espèce de pied d’estale  » en pierre de taille sur laquelle il y eut jadis une statue équestre aussi en pierre de taille représentant un dauphin portant un Neptune, dont les restes gisent dans la vase du bassin depuis plus de 30 ans.  » Comme il n’y a pas d’ouvrier dans le pays en état de faire une statue pareille en pierre de taille, on demande d’y substituer une pyramide de près de cinq mètres de haut terminée par un globe surmonté d’une fleur de lys ».

Toutes ces eaux provenaient des sources de Saint-Laurent, Lesperbé, Kerustum et Kerbilien à 1200 toises de distance, soit près de 2 km 1/2. Par des rigoles en terre, elles étaient recueillies par un étang de 1800 m2 qui les canalisait vers un appentis le long de la chapelle. De là, par trois conduits de plomb, l’eau passait dans les bassins.

Sous l’épiscopat de monseigneur de Coëtlogon, de chaque côté de l’escalier de la première terrasse se trouvaient deux statues en stuff représentant un paysan et une paysanne et de chaque côté de la porte du château deux lions de bois.

Toussaint Conen de Saint-Luc

Toussaint Conen de Saint-Luc

Dernier évêque avant la fin de la Monarchie, Monseigneur Conen de Saint-Luc, n’étant pas très en fonds pour reprendre le domaine auprès des neveux de son prédécesseur dû mettre une partie des jardins en locations auprès de maraîchers.

Ici, comme ailleurs, la Révolution apporta une perturbation dans le développement de Lanniron. Conséquence de la confiscation des biens du clergé, le 28 janvier 1791, en la salle basse du collège de Quimper, devant le directoire du district, les terres, maisons et dépendances de Lanniron  » ci-devant dépendant de l’évêque de Quimper » furent mises à prix pour 23.140 livres. Après une longue enchère de 18 feux, un certain monsieur Mallin en devint adjudicataire pour 33.000 livres, devant Le Déan, le donataire du Frugy.

Ce Mallin conserva le domaine avec les métairies de Lanniron et de Kerbaby jusqu’à l’an XIII. Le premier fructidor an XIII (20 juillet 1805), étant alors capitaine de frégate  » en partance à cause de son service « , il vendait pour 50.000 F. l’ensemble à François Marie Toussaint Léon Tréverret, négociant, ancien trésorier payeur de l’armée, et fils d’un ancien sénéchal de Rennes. Le nouveau propriétaire ne profita guère de son acquisition, car ses affaires ayant mal tourné, il fut mis en faillite et contraint de vendre. Avec ses palues et ses terres à poterie, Lanniron fut revendu le 16 mai 1809 pour 47.000 F. seulement à Guillaume Marie Kerbriand-Postic, négociant à Morlaix, qui confia le soin de gérer son nouveau bien à Le Guillou Penanros, ancien avocat, ancien notaire, juge au tribunal et surtout homme d’affaires.

Tandis que les métairies étaient baillées à des fermiers, la maison et les jardins de Lanniron étaient loués à des jardiniers. En 1819, les jardins renfermaient en espalier 95 poiriers, 28 pêchers, 7 abricotiers, 10 cerisiers et 19 pruniers; en buissons 198 pruniers et poiriers, 28 cerisiers de plein vent, 49 pommiers et poiriers de plein vent, 310 sauvageons, 33 pieds de vigne (monseigneur de Coëtlogon en avait fait venir de la Ciotat), 184 groseilliers et castilliers, 24 jeunes pieds de châtaigniers, 29 petits noyers et 54 petits sapins, sans compter les arbres les plus précieux, ceux qui faisaient la réputation de Lanniron, 41 orangers et 9 citronniers.

La maison était fort mal entretenue; portes et fenêtres sans carreaux laissaient passer les courant d’air; les bois étaient dévastés; la location rapportait peu à son propriétaire qui avait des velléités de vendre s’il trouvait acquéreur, mais il hésitait toutefois à se défaire de  » cette belle propriété peu commune à ses yeux « . Un acquéreur éventuel intriguait de divers côtés pour acheter Lanniron. Le Guillou Penanros conseillait même la vente à Kerbriand-Postic.  » La personne qui vous avait écrit de Vitré pour acheter Lanniron, lui écrit-il, m’est venue en personne. Elle m’en a offert 50.000 F. Ce prix engage à bien réfléchir. Lanniron à peine vous donne 1.000 F. de revenu net. 50.000 F. donnent à 5 %, 2.500 F. La différence est de 1.500 F. de revenu. Un père de famille doit faire une sérieuse réflexion « .

Finalement l’affaire fut traitée le 15 juin 1822 pour 60.000 F., plus 750 F. d’épingles pour les demoiselles Kerbriand-Postic.

Quel était ce nouvel acquéreur de Lanniron ? C’était un gentilhomme anglais, Emmanuel Calixte Harrington. A dire vrai, seul le père d’Harrington était britannique. Sa mère était née Henriette Grignard de Champsavoy et en 1834 habitait Dinan. Son frère Armand, qui avait négocié l’achat de Lanniron, était directeur des contributions indirectes à Châteaulin et avait épousé Anne Louise de Carné-Marcein. Leur fille Mélanie épousa en 1839 Félix du Marhallah le châtelain du Perennou, qui après le décès de sa femme et de sa fille entrera au séminaire, sera recteur des Glénans, aumônier des mobiles de 1870, vicaire général du diocèse de Quimper et protonotaire apostolique. Emmanuel Harrington n’était donc pas tout à fait un étranger. C’était un homme de goût qui entreprit la reconstruction du château et lui donna son aspect actuel. D’après un article d’Aymar de Blois rédigé en 1844, pour le complément du dictionnaire d’Ogée (t. II, 1853), cette reconstruction daterait des environs de 1824. Donc peu après son achat, Harrington remodela le manoir, fit disparaître les tourelles et réduisit le bâtiment du XVe siècle, ajouta l’aile orientale de la façade et édifia la terrasse avec son harmonieuse colonnade et son double escalier et donna ainsi à l’ensemble d’élégantes proportions s’alliant à une simplicité distinguée et néo-classique.

Harrington était un être curieux qu’on pourrait peut-être qualifier de joueur, noceur et buveur. Mort à Londres le 3 juin 1833 il laissait une veuve, Catherine Lowell, qui résidait toujours à Lanniron en faveur de laquelle il fit son testament, veuve qui était à la fois  » épouse Wilfort et se disait épouse de feu Monsieur Harrington « .

Ayant revendu Lanniron trois mois avant sa mort, Harrington avait transféré ses meubles au manoir de Kernisy en Penhars et c’est là que fut dressé l’inventaire de ses biens: beau mobilier en acajou, plusieurs tables à jeu, nombreuses glaces et pendules de valeur, riche argenterie, vaisselle importante (38 plats et 28 douzaines d’assiettes, la plupart en porcelaine bleue, plusieurs théières), linge de maison damassé (53 draps, 46 nappes et 126 serviettes), bibliothèque aux nombreux rayons chargés de livres d’histoire et de géographie, d’ouvrages relatifs à l’Angleterre, d’œuvres de littérature anglaise et française, de quelques livres de prières, de dictionnaires et aussi de quelques manuels de gastronomie; la cave ne comprenait pas moins de 1.267 bouteilles de vins et d’alcool, du Saint-Emilion, du Médoc, du Roussillon, du Porto, du Graves, du vin de Grèce et d’Italie, du Cognac et de l’Armagnac, du Frontignan et du Bordeaux.

Le 21 mars 1833, Harrington cédait pour 62.500 F. déclarés le domaine de Lanniron qui s’étendait alors sur 71 ha à MM. Hyppolite Sire et Constant Chauveau Sire, banquiers à Boulogne qui remplaçaient par décision de justice l’acquéreur envisagé, un gentilhomme anglais, rentier à Calais, William Pole Tilmey Long Wellesley. Il ne fait pas de doute que le prix réellement payé fut plus élevé !

Charles de Kerret

Charles de Kerret

Le 22 juillet 1833, les banquiers revendaient pour 92.000 F. leur bien à M. et Mme Charles de Kerret de Quillien, de Quimper, dont la fille Hermine née à Lanniron en 1835 épousa Georges Blanchet de la Sablière; leurs arrière-petits-enfants sont aujourd’hui les heureux propriétaires de ce beau château.

 

François et Marie de Massol, les actuels propriétaires du Domaine, ont entrepris depuis 1990 de très importants travaux de restructuration et de rénovation du Domaine : création du golf, de l’espace aquatique, du restaurant, rénovation des bâtiments et grand chantier de remise en état des jardins historiques.

L’aventure continue de nos jours…

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